10ème sujet : 18 juin 1940 : Arrivée de l’armée allemande à Moulins

Le 18 juin 1940, l’Armée allemande arrivait à Moulins, il y aura juste 80 ans le 18 juin 2020. A cette occasion, la Société d’Emulation du Bourbonnais a estimé que, cette date faisant partie de l’histoire locale, il serait opportun de rappeler les évènements tragiques qui ont marqué cette journée.

 Dès le 15 mai 1940, des milliers de réfugiés s’enfuyaient vers le sud, loin de l’armée allemande. Les gens étaient terrorisés par les bombardements ennemis dont le but était de rendre inutilisables les routes pour l’armée française qui se repliait. A Moulins, une invraisemblable cohue se pressait dans les rues, sans pouvoir avancer tellement la foule était compacte.

 Dès le 17 juin, le gros de l’exode s’était écoulé ; mais les avant-gardes allemandes étaient annoncées et fonçaient vers la ville par la rive droite de l’Allier. Elles avaient pour mission de continuer leur poussée vers le sud afin d’empêcher toute organisation de résistance des Français sur la Loire et l’Allier. Vers midi, toujours ce 17 juin, le commandant POLIMANN arrivait à Moulins. Il se retrouvait dans cette ville avec des éléments du 294e Régiment d’Infanterie, avec lesquels il avait fait retraite en combattant depuis la Meuse. Dans la soirée, le colonel d’HUMIERES, commandant d’armes de la place de Moulins, ayant reçu l’ordre de retarder l’avance ennemie sur Montluçon, confia au chef de bataillon POLIMANN la mission d’empêcher la traversée de l’Allier et le franchissement du Pont de Fer.
Le colonel d’HUMIERES fit disposer sur le pont Régemortes six tonneaux de mélinite. N’ayant pu trouver de cordon Brickford pour l’allumage, il fit installer un canon de 75 sur la route de Montluçon (avenue de la Libération aujourd’hui) un peu avant le rond-point, avec mission de faire sauter la mélinite lors de l’approche de l’ennemi. De son côté, le chef de bataillon POLIMANN avait établi son plan de combat. Quatre points d’appui furent organisés sur la rive gauche de l’Allier :

  • le premier, au nord du pont Régemortes, sur la levée de la Charbonnière, jusqu’à la gare aux bateaux ;
  • le deuxième, entre le pont Régemortes et le pont de Fer, c’est-à-dire le long du chemin de Halage ;
  • le troisième, au sud du pont de Fer, le long de la route de Clermont ;
  • enfin le quatrième, dans le faubourg de la Madeleine, entre la voie ferrée et la route de Montluçon, pour empêcher un encerclement éventuel et arrêter une attaque venant du nord-ouest.

 Le poste de commandement du commandant POLIMANN fut installé sous le pont de pierre près du passage à niveau de la route de Clermont. La mise en état de défense de la rive gauche de l’Allier commença dès le début de la matinée du 18 juin. Le commandant POLIMANN ayant décidé de ne pas faire sauter le pont de Fer, il fit installer un barrage constitué de paille et de fagots arrosés de goudron qui serait allumé pour créer un rideau de feu et de fumée. Faute d’approvisionnement, les hommes n’eurent ni à boire ni à manger et c’est l’estomac vide qu’ils durent aller se battre…

 Vers 13 h. les Allemands étaient signalés arrivant par les routes de Paris, de Decize et de Bourgogne. Ce jour-là, depuis 12h30, le Conseil municipal était réuni en séance extraordinaire en raison des graves circonstances du moment. Le maire, René Boudet, demanda une dernière fois au colonel d’HUMIERES d’abandonner son projet de faire sauter le pont Régemortes. Il argumenta sa position en signalant que Moulins ayant été déclarée « ville ouverte », la sécurité des habitants pourrait être compromise. Le colonel persista dans son dessein de détruire le pont et de livrer combat. Devant cette décision sans appel, le Conseil municipal décida d’informer, par haut-parleur, la population, de l’arrivée imminente de colonnes allemandes, recommandant à chacun de rester chez soi et de garder en toutes circonstances une attitude digne et correcte pour éviter les représailles. Il était à ce moment près de 14 h.

A 14h10, une colonne motorisée ennemie s’engagea sur le pont et s’approcha des tonneaux de mélinite qui formaient barrage. Un coup de canon, une forte explosion et une arche du pont s’écroulait. Les premiers engins blindés et les hommes qui les conduisaient furent projetés dans la rivière. Ce fut le début du combat. Les troupes allemandes se replièrent dans la ville où elles installèrent leur artillerie tandis que les tanks se dirigeaient vers le pont de Fer pour essayer de passer l’Allier. Le dispositif de défense mis en place fut suffisant pour les arrêter, car le feu avait été mis au bucher et la fumée noire du goudron constituait un rideau protecteur pour les mitrailleuses françaises prenant le pont de Fer en enfilade. L’ennemi ne put passer mais pendant quelques heures un combat inégal s’engagea.

 Privés d’avions, de tanks et d’artillerie, les soldats français furent soumis à un bombardement intense. Six canons furent postés sur les hauteurs de Saint-Bonnet à Yzeure, cinq autres furent mis en batterie à la limite d’Avermes, à l’emplacement actuel des Chartreux. A la Madeleine, les combattants français postés le long de la brasserie de la Meuse (aujourd’hui Intermarché) sur la levée de la Charbonnière étaient protégés par des tranchées circulaires ayant des murets édifiés avec différents matériaux (pavés, branchages). Les mitrailleuses allemandes étaient postées du côté Moulins à l’extrémité de la rue Jean Bart, un peu avant la fin de la montée qui aboutit à l’avenue d’Orvilliers. Elles tirèrent un millier de balles contre les défenseurs du pont Régemortes. Les Français aussi tirèrent sur les Allemands, endommageant tous les bâtiments du front d’Allier. Quant aux tirs allemands, ils atteignirent plusieurs maisons ; des obus tombèrent sur la brasserie de la Meuse et y mirent le feu ; le quartier Villars fut lui aussi la proie des flammes. La fusillade fut, dès l’origine, très vive dans le voisinage de la brasserie, où se trouvaient des éléments du 120e Régiment d’Infanterie.

 Vers 17heures, les Allemands commencèrent à traverser la rivière au nord de Moulins sur des bateaux en caoutchouc, atteignirent Neuvy et se dirigèrent vers la Madeleine. Vers 17h20, les deux mitrailleuses installées à l’extrémité du pont de Fer se repliaient, les munitions étant épuisées. Vers 18 heures, on signala à nouveau le passage de la rivière par des détachements ennemis. A 18h30, la situation devint grave : les balles arrivaient aussi de la rive gauche, le 294e était encerclé. A la même heure, le commandant POLIMANN donna l’ordre du combat en retraite avec comme direction Cressanges et Montluçon, conformément aux ordres du colonel d’HUMIERES qui venait d’ailleurs d’être fait prisonnier. Le commandant POLIMANN se retrouva avec quelques hommes coupé de sa troupe qui avait été encerclée.

 Après avoir passé quelques heures dans une cave pour attendre l’obscurité de la nuit, ils purent rejoindre, à travers champs et bois, le village de Cressanges à 8 heures du matin. Là, ils retrouvèrent une trentaine d’hommes du 294e R.I. arrivés dans la nuit. Il manquait les trois-quarts de l’effectif : neuf avaient été tués, une quarantaine blessée, le reste fait prisonnier.

 Un monument qui se trouve actuellement dans le parc de la Maison Saint-Paul à la Madeleine marque l’emplacement où furent enterrées provisoirement les neuf victimes du combat de Moulins. Cette triste journée, qui aurait pu avoir des conséquences encore plus graves, fut le début d’une période d’occupation de 50 mois pendant laquelle les Moulinois comme l’ensemble des Français durent subir humiliations et privations de nourriture et de liberté.

Bibliographie : – Chanoine POLIMANN – « La défense de Moulins, 17-18 juin 1940 » – Bulletin de la Société d’Emulation du Bourbonnais – année 1941, p.118. – André Gaillemin – « Un prêtre député : le Chanoine Polimann » – la presse universitaire, Paris. Georges et Christiane Chatard.