5ème sujet : le Pavillon Anne de Beaujeu

Avant l’incendie de 1755, la cour d’honneur du château de Moulins était limitée au nord par une galerie flanquée à l’est d’une tour carrée et à l’ouest de la chapelle Saint-Louis.
Au rez-de-chaussée, cette galerie s’ouvrait sur six arcades réparties de chaque côté d’un porche central. Il s’agissait moins d’un édifice destiné à l’habitation que d’une façade- écran fermant la cour d’honneur et formant un décor spectaculaire.
Jusqu’à ce qu’il devienne la propriété des Condé en 1661, le château et de ce fait la galerie Renaissance n’avaient pas subi de dommages importants. N’y résidant pas, les princes successifs ne se soucièrent guère de l’entretien de leurs possessions moulinoises et en négligèrent les réparations indispensables. Résultat : en 1684, la galerie du 1er étage s’écroula ; une restauration complète des murs et des combles fut alors entreprise. Malheureusement, en 1755, l’incendie ravagea l’aile occidentale du château et la chapelle Saint-Louis. Pour empêcher la propagation du feu à la galerie, on eut recours à la destruction du comble, mais seulement à la jonction des deux ailes.
Si, en 1777, l’architecte Joseph Evezard n’a pas fait figurer l’ensemble de l’étage de la galerie de gauche sur la coupe transversale, c’est qu’à cette époque il n’existait plus. En effet, la mise hors d’eau et les réparations n’ayant pas été réalisées après l’incendie, cet étage de gauche a continué de se dégrader complètement.
En 1786, on engagea des travaux pour en faire une caserne de gendarmerie. Une gravure de Sagot datant de 1830, publiée dans l’Atlas de « L’Ancien Bourbonnais » confirme les transformations qui ont été réalisées : les arcades du porche ont été murées et percées de fenêtres pour obtenir des pièces supplémentaires. Il en a été de même pour le rez-de-chaussée de l’aile droite. Par contre, l’aile gauche a complètement disparu ; elle est remplacée par une maison basse sans caractère. Pourtant, d’après la coupe de la façade établie par Evezard, si une partie de l’étage a disparu, toutes les arcades sont en place en 1777. Il est fort possible que la dégradation ait continué de faire son œuvre après les relevés de l’architecte.
L’installation de la gendarmerie dans la partie nord du château à la fin de l’Ancien Régime ne fut que provisoire. Elle fut en revanche bien réelle en 1839. Pour cela, une nouvelle restauration de la partie gauche du porche était absolument nécessaire. Les trois arcades du rez-de-chaussée et l’étage furent rétablis en conservant exactement les dispositions de l’aile droite. Ces travaux eurent lieu en 1844 et furent exécutés par le sculpteur moulinois Moretti. L’édifice n’avait toutefois pas retrouvé son aspect du XVIIIe siècle car les arcades reconstruites étaient, comme celles de l’aile droite, obturées par un mur percé d’une fenêtre afin d’augmenter l’espace intérieur nécessaire à la gendarmerie.
En 1904, le conseil municipal de Moulins acceptait un projet de restauration du Pavillon Anne de Beaujeu établi par l’architecte Gustave Baer pour créer un musée ; ce dernier fut inauguré le 5 juin 1910.
Aujourd’hui, la plupart des admirateurs de ce monument ignore que seuls le porche et les arcades de la galerie de droite datent de la fin du XVe siècle. Il est vrai que l’on peut s’y méprendre, tant les emblèmes des ducs de Bourbon (monogrammes, ceinture Espérance, Cerf-volant) ont été magnifiquement reproduits par le sculpteur Moretti.

Bibliographie :
– Francis Pérot – Vues et plans de l’ancien château de Moulins – Annales bourbonnaises – année 1892 – Moulins – Imprimerie Etienne Auclaire. – Yves Bruand – le Pavillon d’Anne de France à Moulins et ses avatars du XVIe au XXe siècle – Etudes d’histoire de l’art – Paris – 2001.
Georges Chatard