À Souvigny, une plongée fascinante au cœur des tombeaux bourbonnais et de l’histoire clunisienne
Une conférence exceptionnelle autour d’une découverte majeure et d’un personnage méconnu : Jean de Rochefort, dit le Bâtard de Bourbon
Le Grand Site clunisien de Souvigny s’apprête à accueillir, le 30 mai prochain à 15h, dans l’église prieurale, une conférence d’exception organisée en partenariat avec la Société d’Émulation du Bourbonnais. Intitulée « Une nouvelle œuvre pour le musée, un puzzle international et un tombeau monumental dans l’église de Souvigny », cette rencontre promet de lever le voile sur une découverte récente tout en revisitant l’histoire médiévale du Bourbonnais.
Une œuvre redécouverte, entre marché de l’art et patrimoine bourbonnais
Au cœur de cette conférence se trouve une acquisition récente du musée de Souvigny : un relief en pierre représentant un diacre dans une niche, présenté sur le marché de l’art international comme une œuvre d’Île-de-France.
Or, comme l’expliquera Daniele Rivoletti, maître de conférences en histoire de l’art moderne à l’Université Clermont Auvergne et membre junior de l’Institut universitaire de France, cette sculpture provient en réalité du Bourbonnais.
Malgré son état fragmentaire, l’œuvre se distingue par une qualité artistique remarquable et s’inscrit dans un contexte historique particulièrement riche.
Cette pièce, encore largement inédite, constitue une source précieuse pour l’histoire de l’art en Bourbonnais à la charnière des XIVᵉ et XVᵉ siècles.
Selon toute vraisemblance, elle appartenait à un tombeau monumental autrefois installé dans l’église prieurale de Souvigny, dont elle constituerait un fragment.
Un écho aux modèles royaux et à l’affirmation du pouvoir bourbonnais
L’analyse stylistique et historique de cette œuvre révèle une influence majeure : celle du modèle funéraire élaboré pour le roi Charles V à la basilique de Saint-Denis.
Cette filiation n’est pas anodine. Elle témoigne de la volonté des ducs de Bourbon, notamment Louis II, d’inscrire leur pouvoir dans une esthétique et une symbolique proches de celles de la royauté. « Il s’agit d’une création à forte portée politique, à une époque où se structurent les fondements de ce que l’on peut appeler un véritable “État bourbonnais” », souligne l’analyse proposée.
Cette découverte vient ainsi enrichir considérablement la compréhension des stratégies de représentation du pouvoir au Moyen Âge.
Jean de Rochefort, dit le Bâtard de Bourbon : un destin au cœur du pouvoir
La conférence abordera également la figure de Jean de Rochefort (1297-1374), dit le Bâtard de Bourbon, fils naturel de Louis Ier de Bourbon.
Personnage clé de la seconde moitié du XIVᵉ siècle, il exerce à partir de 1365 les fonctions de gouverneur et lieutenant général du comté de Forez, sous l’autorité de son neveu Louis II de Bourbon.
Conseiller influent, il joue un rôle politique de premier plan jusqu’à sa mort en 1374. Seigneur de Rochefort, il épouse en troisièmes noces Agnès de Chalheu en 1371.
Une enquête archéologique de longue haleine
Les recherches menées autour de ce personnage s’appuient sur des découvertes archéologiques majeures.
En août 2006, une équipe dirigée par Pascale Chevalier identifie dans l’église de Souvigny le socle du monument funéraire du couple formé par Jean de Rochefort et Agnès de Chalheu. Ce monument était connu par une gravure du fonds Gaignières, mais avait été profondément remanié après l’effondrement de la voûte du collatéral sud.
La fouille du caveau voûté sous-jacent, réalisée en 2009 par les archéoanthropologues Audrey Baradat et Patrice Georges-Zimmermann (Inrap), en présence du Dr Philippe Charlier, a permis d’exhumer les restes du couple.
Ces derniers ont ensuite fait l’objet d’analyses pluridisciplinaires approfondies, dont les résultats ont été publiés en 2013.
Retour sur une découverte majeure : le tombeau des saints abbés de Cluny
La conférence proposera également un retour sur une autre découverte majeure survenue à Souvigny.
Le 2 novembre 2001, une équipe composée notamment d’Arlette Maquet et Pascale Chevalier mettait au jour le tombeau des saints abbés de Cluny, Mayeul et Odilon, dans la nef de l’église prieurale.
Ce jour n’est pas anodin : le 2 novembre correspond à la commémoration des morts, instituée par Odilon lui-même au XIᵉ siècle.
Cette découverte a révélé un caveau complexe, ultime évolution d’un monument funéraire ayant connu de nombreuses transformations entre le XIᵉ et le XIVᵉ siècle.
La conférence reviendra sur les différentes phases de ce monument, notamment les moments où les reliques furent extraites et exposées dans des reliquaires, ainsi que sur l’étude des gisants gothiques associés.
Une conférence portée par des spécialistes reconnus
Cette rencontre réunira trois spécialistes de premier plan :
- Daniele Rivoletti, maître de conférences en histoire de l’art moderne (Université Clermont Auvergne),
- Arlette Maquet, docteur en histoire médiévale, spécialiste de Cluny,
- Pascale Chevalier, professeur d’histoire de l’art et d’archéologie médiévales (UCA/CHEC).
Leurs interventions croisées permettront d’articuler histoire, archéologie et histoire de l’art dans une approche particulièrement riche.
Un rendez-vous incontournable pour les passionnés d’histoire
Organisée dans le cadre prestigieux de l’église prieurale de Souvigny, cette conférence s’inscrit pleinement dans la mission de valorisation du patrimoine portée par la Société d’Émulation du Bourbonnais.
Elle s’adresse aussi bien aux spécialistes qu’au grand public curieux de mieux comprendre l’histoire du territoire.
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Renseignements : 04 70 48 07 66