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Samedi 27 juin 2026 – Souvigny – L’usage et la symbolique du métal au XVe Siècle

À la fin du Moyen Âge, la cour des ducs et des duchesses de Bourbon constitue l’un des foyers artistiques les plus importants du royaume de France. Entre la fin du XIVe siècle et le début du XVIe siècle, elle se distingue par un goût affirmé pour les arts somptuaires, où le métal, qu’il soit précieux ou plus humble, occupe une place essentielle dans la mise en scène du pouvoir, de la piété et du prestige princier.

Cette conférence propose d’explorer, sous un angle renouvelé, la présence et les usages du métal dans les commandes artistiques des Bourbons, en dépassant la seule focale traditionnelle de l’orfèvrerie et des joyaux pour s’intéresser à l’ensemble de la culture matérielle métallique de la cour.

Le métal précieux : éclat, prestige et représentation du pouvoir

Dans l’imaginaire collectif comme dans l’historiographie, les arts du métal à la cour des Bourbons sont d’abord associés à l’orfèvrerie et aux joyaux. Ces pièces d’exception, bien que rares aujourd’hui, sont partiellement connues grâce aux représentations sculptées et peintes qui en restituent l’éclat.

Les tombeaux des ducs de Bourbon à Souvigny, notamment ceux de Louis II et Anne Dauphine d’Auvergne ou encore de Charles Ier et Agnès de Bourgogne, montrent des gisants richement parés de bijoux finement sculptés dans le marbre et l’albâtre. Ces éléments ne sont pas de simples ornements : ils participent pleinement à la construction d’une image dynastique glorifiée.

De même, le célèbre Triptyque de la Vierge Glorieuse peint par Jean Hey vers 1498 met en scène Pierre II, Anne de France et Suzanne de Bourbon dans une véritable mise en image du pouvoir, où les joyaux jouent un rôle politique et symbolique majeur.

Les sources documentaires, inventaires, objets conservés tels que ceux de la Wallace Collection à Londres ou du musée de Cluny à Paris, témoignent également du raffinement extrême des commandes d’Anne de France et de la noblesse bourbonnaise, pour laquelle les métaux précieux constituent un langage de prestige et de représentation.

Les métaux “moins nobles” : une dimension oubliée de la création artistique

Au-delà de l’or et de l’argent, la conférence mettra en lumière un aspect moins connu mais fondamental : l’usage du bronze, du cuivre et de ses alliages, du fer ou encore du plomb dans les œuvres commandées par les ducs de Bourbon.

Ces matériaux, souvent considérés comme secondaires, jouent pourtant un rôle déterminant dans la richesse visuelle des œuvres. Appliqués sur les sculptures, intégrés aux décors ou utilisés dans l’architecture, ils produisent des effets de brillance, de contraste et d’éclat qui participent à l’expérience sensible des œuvres.

Cette approche permet de renouveler le regard porté sur ces créations, en restituant leur dimension sensorielle et leur impact visuel dans leur contexte d’origine.

Sources et traces d’un patrimoine disparu

L’étude des sources écrites anciennes permet également de faire resurgir des décors aujourd’hui disparus.

Ainsi, le contrat passé en 1448 entre Charles Ier de Bourbon et le sculpteur Jacques Morel mentionne explicitement l’usage de pièces en cuivre doré destinées à orner un monument funéraire ducal, rappelant des pratiques comparables à celles observées à la chartreuse de Champmol pour le tombeau de Philippe le Hardi.

De même, les descriptions anciennes de la Sainte-Chapelle de Bourbon-l’Archambault évoquent un riche mobilier de bronze et de cuivre aujourd’hui disparu. À plus petite échelle, des objets conservés, comme une charnière en fer ornée des initiales de Pierre II et Anne de Bourbon aujourd’hui conservée au musée Anne-de-Beaujeu, témoignent de cette attention portée aux détails métalliques.

Enfin, le plomb, matériau souvent négligé, apparaît également dans les décors architecturaux, notamment sur des édifices prestigieux comme l’hôtel du Petit-Bourbon à Paris.

Une nouvelle lecture de la culture matérielle des Bourbons

À travers cette enquête croisant histoire de l’art, sources archivistiques et analyse matérielle, la conférence propose de repenser la place du métal dans la culture artistique des Bourbons.

Elle met en évidence une réalité plus large : celle d’une cour où le métal, sous toutes ses formes, participe activement à la construction d’un langage visuel du pouvoir, du sacré et du prestige.

En revalorisant ces éléments parfois oubliés ou fragmentaires, cette recherche ouvre de nouvelles perspectives sur la compréhension des œuvres et des commandes princières à la fin du Moyen Âge.

Une conférence incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’art, au patrimoine bourbonnais et aux subtilités de la culture matérielle à la fin du Moyen Âge.

Charnière aux chiffres de Pierre II de Bourbon et Anne de France, fin du XVe - début du XVIe siècle, fer ajouré, Moulins, musée départemental Anne-de-Beaujeu, inv. 1299.
Charnière aux chiffres de Pierre II de Bourbon et Anne de France, fin du XVe - début du XVIe siècle, fer ajouré, Moulins, musée départemental Anne-de-Beaujeu, inv. 1299.