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Les plaques de rues moulinoises vont avoir 250 ans !

Moulins
Alors que nombre de nos concitoyens, les yeux rivés sur leur smartphone, ont leurs pas guidés par GPS, il est encore des réfractaires qui trouvent plaisir à déambuler en toute liberté, en portant leur regard sur les plaques installées au coin de chaque rue.
À Moulins, la première dénomination des rues date de 1777. Et ce ne fut pas une mince affaire pour les édiles moulinois ! Ni leur initiative ! Car la numérotation des maisons et l’attribution d’un nom aux rues est imposée par l’ordonnance royale du 1er mars 1768 concernant le logement des « gens de guerre » dans les villes.
L’hébergement des militaires se fait alors chez l’habitant car les casernes sont rares. Celle de Moulins n’est pas encore construite. Le soldat qui arrive dans une ville ne dispose pas de repères pour localiser le lieu qui doit l’accueillir. Dans la plupart des villes, jusque dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, il n’existe en effet ni nom de rue, ni numéro de maison.
Louis XV veut remédier à cette situation par son ordonnance dont l’un des articles prescrit de numéroter les maisons pour faciliter le logement des gens de guerre ; un autre dispose que les « billets de logement » remis aux soldats et officiers doivent mentionner le nom de la rue.
À Moulins, nul ne s’empresse d’appliquer l’ordonnance royale. Il faut en effet attendre plus de 8 ans et plusieurs relances de l’Intendant, représentant local du pouvoir royal, pour qu’enfin la ville agisse.
C’est le 16 septembre 1776, après un nouveau rappel de l’Intendant daté du 4 septembre, que la ville décide de faire numéroter les maisons de Moulins mais en soulignant « qu’il y a lieu de craindre que plusieurs particuliers ne se prêtent pas volontaires pour peu qu’il leur en coûte ». En effet, la pose du numéro et de la plaque de rue devait être à la charge du propriétaire de la maison concernée. Ce qui visiblement ne réjouit pas les propriétaires moulinois, comme sans doute la perspective d’accueillir en leur demeure des soldats de passage… Précisons que Moulins reçoit, en cette année 1776, le régiment de Royal-Normandie dont soldats et officiers sont logés chez l’habitant. La ville assume pourtant la charge financière de ce cantonnement en versant un loyer aux propriétaires des logements occupés par des militaires.
Le débat est rouvert dès le 19 septembre 1776 avec une nouvelle proposition de la ville qui « pour cette fois », et considérant que c’est la première mise en place de la numérotation, accepte de prendre à sa charge les frais de confection et pose des plaques de numéros et de rues.
Les numéros seront « en noir de fumée sur une planche peinte en blanc à l’huile attachée par trois pattes de fer ». Quant au nom de la rue il devra être gravé sur une pierre située à l’encoignure de chaque rue.
Les noms des rues sont arrêtés « d’après les anciennes notions que nous avons trouvées dans les archives dudit hôtel de ville » selon les termes de la délibération du 16 janvier 1777.
La lecture de cet état de 1777 avec, pour chaque rue, son nom et les lieux marquant son commencement et sa fin, offre une balade moulinoise qui n’est pas sans poésie. Ainsi par exemple, de la rue de Bourgogne qui joint « la fontaine des amoureux… la maison des quatre vents et finit au cerf-volant »
Mais la mise en œuvre rencontre des difficultés et, les semaines qui suivent, constat est fait que « plusieurs numéros et noms de rues auraient été effacés, cassés ou changés ». Dès le 26 mai 1777, la ville acte « qu’ayant fait cette dépense qui est assez considérable et qui aurait été d’un très modique objet pour chaque particulier » il convient de remettre aux frais des propriétaires les réparations et l’entretien des plaques. Il est prévu que le garde de la ville fasse au moins tous les trois mois une visite de l’apposition des numéros et noms de rues pour vérifier la bonne application des mesures prises. Et gare au contrevenant car amendes et punitions sont prévues pour toute personne qui bifferait, effacerait ou changerait un nom de rue !
Aux noms gravés aux encoignures succèdent différents types de plaques au long des décennies qui suivent ; plaques dont la Société d’Émulation du Bourbonnais conserve quelques exemplaires dans ses collections.
Et si, pour ce 250e anniversaire de leur instauration, délaissant votre smartphone, vous goûtiez à nouveau au charme de déambuler dans la ville au seul fil de ces plaques de rues ?
Jean-Luc Galland
Images :
  • Plaques de rues de Moulins – Société d’Émulation du Bourbonnais (photographe Christophe Recoura). La reproduction de ces images est soumise à autorisation de la SEB.
  • Extrait de l’état des rues de 1777 (archives municipales Moulins).
Sources :
  • Registre délibérations Moulins, 1776-1777 (archives municipales Moulins).
  • Ordonnance royale du 1er mars 1768 réglant le service des places du royaume (BNF-Gallica).
  • Remerciements aux archivistes de la ville de Moulins pour leur disponibilité.