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Un train entre Bourbonnais et Bourgogne…

Département de l'Allier
Habitants et élus manifestent en 2026 leurs craintes quant à l’avenir de la desserte ferroviaire entre Moulins et la Bourgogne par Dompierre-sur- Besbre au vu du mauvais état de la voie ferrée. Occasion d’un bref retour sur l’histoire de cette ligne.
Avant même que le premier train venant de Paris, le 9 mai 1853, n’arrive à Moulins, le conseil municipal installe une commission chargée d’étudier la pertinence d’une ligne vers la Bourgogne. Dès décembre 1852, celle-ci diffuse un texte vantant l’intérêt d’une ligne Moulins-Chagny qui placerait l’Allier au centre des liaisons est-ouest. Le tracé proposé passe par la rive gauche de la Loire entre Dompierre et Digoin, le fleuve étant franchi à hauteur de cette ville.
Le 19 juin 1857, l’État adopte un tracé par la rive droite, avec traversée de la Loire entre Diou et Gilly-sur-Loire. La compagnie PLM tarde à réaliser l’opération. La section Chagny-Digoin n’est ouverte que le 16 septembre 1867 et Moulins est atteint le 10 mai 1869. Mais, par souci d’économies, la ligne ne comporte qu’une seule voie avec toutefois des infrastructures prévues pour deux ultérieurement. Curieusement une mesure identique sera appliquée un siècle plus tard pour réaliser l ‘aménagement routier « provisoire » d’une RCEA à 2 voies avant passage à une autoroute à 2×2 voies.
Moulins marque l’arrivée de cette nouvelle ligne en nommant, dès janvier 1869, « rue de Chagny » un des axes conduisant à la gare (actuelle rue Desboutin ).
La ligne, équipée d’une seconde voie entre 1884 et 1886, joue rapidement un rôle essentiel dans la vie locale. En reliant désormais facilement les emboucheurs charolais et les marchés aux bestiaux et les éleveurs bourbonnais, elle joue un rôle capital dans le développement de l’élevage charolais dans l’Allier. Par un recours aisé à la chaux, elle permet la révolution agricole de la Sologne bourbonnaise. Et enfin, elle met en relation les bassins houillers de l’Allier avec Le Creusot et les bassins industriels de l’est.
En 1880, il faut près d’une heure pour aller de Moulins à Dompierre par l’un des 4 omnibus quotidiens dans chaque sens, pour un tarif allant de 1,85 F en 3ème classe à 3,45F en 1ère (soit environ un salaire journalier moyen d’ouvrier).
La mise en service le 1er mars 1900 de la ligne Paray le Monial-Lyon va renforcer l’activité de cette ligne.
Itinéraire désormais le plus court pour le PLM, puis la SNCF, entre Paris et la vallée du Rhône, bien qu’exigeant par son profil montagneux, il est emprunté par des trains légers de marchandises en particulier de primeurs approvisionnant Paris, diffusant l’arôme du melon de Cavaillon lors du passage à pleine vitesse dans les gares bourbonnaises !
À compter du 1er juin 1921, circulent les trains reliant Bordeaux et Strasbourg et desservant Montluçon-Moulins-Gilly-sur-Loire, cette gare permettant de rejoindre la station thermale de Bourbon-Lancy par train, jusqu’en 1931, puis par autocar.
La mise en service de ce train résulte du schéma de créations de grandes liaisons transversales qu’impose en 1920 aux compagnies ferroviaires le ministre Yves Le Trocquer.
Circulent aussi pendant la saison d’été, un train reliant Vichy à Strasbourg et Metz et un autre de Lyon à Nantes et Le Croisic.
L’intérêt militaire de cette ligne est perçu dès la guerre de 1870, puis confirmé en 1914-1918. En 1940, l’Allemagne nazie l’utilise pour tracer la ligne de démarcation entre zone libre et occupée. De Moulins à Chalon- sur-Saône, la volonté allemande de contrôler cet axe ferroviaire explique que la démarcation soit juste au sud de la voie ferrée. Et comment ne pas rappeler le passage d’un ultime train de déportés vers Buchenwald par cette ligne, que des résistants voulurent bloquer en gare de Paray-le Monial le 22 août 1944. La présence en cette gare d’un un train blindé allemand, causa l’échec de leur tentative et le massacre de 29 résistants.
Après-guerre s’amorce le lent déclin de la ligne malgré la circulation pendant quelques années à partir de 1963 d’un express Paris-Lyon. L’électrification de l’axe Paris-Dijon-Lyon met fin aux trains de primeurs par le Bourbonnais. Les liaisons transversales « voyageurs » sont progressivement délaissées. Les autorails « Picasso » à la silhouette caractéristique assurent alors les dessertes locales.
En 1957-1958, afin d’éviter des travaux d’entretien, la SNCF enlève la seconde voie entre Gilly et Moulins, revenant à la situation d’avant 1884. Entre Gilly et Digoin subsiste une double voie qui depuis mai 2026 est transformée en « voie unique temporaire ».
L’avenir dira jusqu’à quand …
Jean-Luc Galland
Photos :
  • Collections Société d’Émulation du Bourbonnais. La reproduction de ces images est soumise à autorisation de la SEB.
  • Autorail X3800 Picasso -archives SNCF
Sources :
  • Rapport Lerouge -chemin de fer de Moulins à Chagny 1852 (archives SEB)
  • Indicateurs Chaix 1870, 1913, 1922, 1933, 1956 (archives SEB)
  • Presse (BNF-Gallica et archives SEB).
  • Conseil municipal de Moulins (AM Moulins)