Charles Dubost (1905-1991) : un Moulinois au cœur du procès de Nuremberg
Une conférence exceptionnelle d’Alexandre Bessard et de Léopold Labrune, lundi 14 décembre 2026 à 19 heures, au lycée Théodore-de-Banville de Moulins.
Redécouvrir un acteur majeur de la justice internationale
Il est des destins bourbonnais qui méritent de retrouver toute leur place dans notre mémoire collective. Celui de Charles Dubost, né à Moulins le 18 mai 1905, appartient incontestablement à cette catégorie. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, magistrat et procureur général adjoint français au procès de Nuremberg, il fut l’un des acteurs de cette entreprise judiciaire historique destinée à juger les principaux responsables du régime nazi.
Pourtant, malgré l’importance de son engagement, son nom demeure aujourd’hui largement méconnu du grand public, y compris dans sa ville natale.
Afin de lui rendre hommage et de faire découvrir son parcours exceptionnel, la Société d’Émulation du Bourbonnais et l’Association des anciens élèves du lycée Banville organisent, le lundi 14 décembre 2026 à 19 heures, au lycée Théodore-de-Banville à Moulins, une conférence intitulée « Charles Dubost, un Moulinois procureur à Nuremberg ».
Cette rencontre sera animée par Alexandre Bessard et Léopold Labrune, et se déroulera dans un établissement auquel Charles Dubost était lui-même profondément attaché.
De Moulins à la magistrature : le parcours d’un homme engagé
Né à Moulins en 1905, Charles Dubost effectue ses études secondaires au lycée Banville, où il suit notamment la classe de mathématiques élémentaires. Il entreprend ensuite des études juridiques et devient avocat en 1931, avant d’exercer les fonctions de procureur de la République à Pontarlier.
Pendant l’Occupation allemande, il rejoint la Résistance et prend la direction d’un réseau local de renseignements. Son engagement se poursuit à la Libération : à la fin de l’année 1944, il exerce les fonctions d’avocat général à la cour d’Aix-en-Provence et de commissaire du gouvernement près la cour de justice de Marseille.
Ses services lui valent d’être fait chevalier de la Légion d’honneur et de recevoir la médaille de la Résistance le 24 avril 1945.
Mais c’est quelques mois plus tard que sa carrière prend une dimension internationale.
Nuremberg : un magistrat français face aux crimes nazis
En novembre 1945, Charles Dubost rejoint la délégation française auprès du Tribunal militaire international de Nuremberg, chargée de participer au jugement des principaux dirigeants nazis survivants.
Nommé procureur général adjoint, il travaille aux côtés de François de Menthon, chef de l’accusation française, ainsi que d’autres magistrats et juristes, parmi lesquels Edgar Faure et Paul Coste-Floret.
Après le départ de François de Menthon, en février 1946, Charles Dubost assure la direction de l’accusation française jusqu’à l’arrivée d’Auguste Champetier de Ribes.
Son intervention porte principalement sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Il contribue à exposer devant les juges l’ampleur des atrocités commises par le régime nazi, en s’appuyant sur de nombreux documents et témoignages.
Parmi les témoins appelés à la barre figure notamment Marie-Claude Vaillant-Couturier, résistante déportée à Auschwitz-Birkenau, dont le témoignage constitue l’un des moments marquants du procès.
Dans son réquisitoire, Charles Dubost évoque la conscience des peuples victimes de l’Occupation, qui demandent au tribunal de juger et de condamner « la plus monstrueuse entreprise de barbarie de tous les temps ».
La délégation française, qui rassemble jusqu’à une centaine de collaborateurs, joue ainsi un rôle important dans l’établissement des responsabilités pénales des dirigeants nazis et dans la reconnaissance judiciaire des crimes commis.
Octobre 1963 : le retour émouvant de Charles Dubost à Moulins
L’un des aspects les plus singuliers de cette histoire réside dans les liens que Charles Dubost conserva avec sa ville natale et son ancien lycée.
Près de dix-huit ans après l’ouverture du procès de Nuremberg, il revient à Moulins en octobre 1963 pour témoigner de son expérience.
Le vendredi 25 octobre, à 17 heures, il donne devant les élèves des classes terminales du lycée Banville une conférence de près de deux heures, sans aucune note.
Il y retrace la création du Tribunal militaire international, sa composition, le rôle du procureur américain Robert Jackson et les quatre chefs d’accusation retenus contre les dirigeants nazis : complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Il évoque également les principaux accusés, parmi lesquels Hermann Göring, Rudolf Hess, Wilhelm Keitel, Albert Speer et Ernst Kaltenbrunner, avant de revenir sur les interrogatoires, les réquisitoires et les sentences.
Cette intervention laisse un souvenir particulièrement profond à l’un des élèves présents, Alexandre Bessard, qui rapporte un échange personnel avec le magistrat.
À l’issue de la conférence, Charles Dubost lui serre longuement la main et lui confie : « Jeune homme, par cette poignée de mains, je vous transmets la mémoire de ces évènements afin qu’ils ne se renouvèlent jamais ».
Une parole qui devait durablement marquer le jeune lycéen et nourrir son engagement ultérieur en faveur de la transmission de l’histoire.
Le lendemain, samedi 26 octobre 1963, Charles Dubost intervient également devant la Société d’Émulation du Bourbonnais. Le texte de cette conférence sera publié dans le premier bulletin trimestriel de la Société en 1964.
Plus de soixante ans après, la conférence du 14 décembre 2026 constituera donc un double retour aux sources : dans l’établissement où Charles Dubost fut élève et où il témoigna en 1963, mais aussi sous l’égide de la Société d’Émulation du Bourbonnais, qui l’avait déjà accueilli à cette époque.
Une mémoire progressivement retrouvée
Depuis plusieurs années, Alexandre Bessard s’attache à faire redécouvrir cette personnalité bourbonnaise.
Président depuis 2009 de l’association Mémoire de Cérilly et du Pays de Tronçais, il a notamment contribué à rappeler le rôle de Charles Dubost lors de l’exposition consacrée au 80e anniversaire de la Libération du Nord-Allier, organisée à Cérilly en août 2024.
Un panneau consacré au magistrat moulinois avait alors retenu l’attention du quotidien « La Montagne », qui lui consacra sa une et un dossier le 5 août 2024.
Les recherches menées ont également permis de retrouver plusieurs témoignages éclairant la personnalité de Charles Dubost, notamment celui de Guy Hemery, ancien FFI du Cher, qui avait assuré sa protection personnelle à Nuremberg et conservé toute sa vie une profonde admiration pour lui.
Ces documents, souvenirs et témoignages contribuent aujourd’hui à restituer le parcours d’un homme dont l’engagement dans la Résistance et la justice internationale mérite d’être davantage connu.
Une conférence pour transmettre l’histoire aux nouvelles générations
À travers leurs interventions, Alexandre Bessard et Léopold Labrune proposeront de revenir sur le destin de Charles Dubost, sur sa contribution au procès de Nuremberg et sur la place de la délégation française dans cette étape fondatrice de la justice pénale internationale.
Au-delà du récit historique, cette conférence entend également rappeler l’importance de la transmission de la mémoire, de la défense des valeurs démocratiques et de la lutte contre l’oubli.
Organisée dans les murs mêmes de l’ancien lycée de Charles Dubost, cette rencontre prendra une résonance toute particulière, plus de quatre-vingts ans après l’ouverture du procès de Nuremberg et soixante-trois ans après le témoignage qu’il y avait livré aux élèves.
Elle sera aussi l’occasion de rendre hommage à un Bourbonnais dont le parcours illustre la contribution de magistrats français à la recherche de la justice après les crimes de la Seconde Guerre mondiale.

