La forêt est par excellence le lieu du temps long qui enregistre en particulier les cycles critiques, les crises. J’ai orienté mes recherches sur le 20ème siècle et les deux guerres mondiales, le cycle le plus brutal de l’histoire du monde : 1914–1945. Loin du front de la Grande guerre, les arbres n’ont pas la mémoire directe des combats. Mais, ils se souviennent de la mobilisation industrielle de tous les moyens : armes, munitions, et matériaux dont bien entendu le bois qui a concerné directement leurs forêts de Tronçais et Civrais. S’ils pouvaient parler, ils diraient qu’eux aussi furent mobilisés. Ils se souviennent que l’état-major a détaché à partir de l’été 1915, des soldats pour produire piquets, rondins, caillebotis, planches, traverses de chemin de fer, bois de feu, etc…, et qu’en fin de compte, ici à l’arrière comme au front, les Américains vinrent nous renforcer. L’armistice du 11 novembre 1918 fit taire les armes. Une paix, qui pour paraphraser une citation célèbre n’était qu’une guerre sous une autre forme, et la grande dépression des années 30, allaient conduire au second conflit mondial. « Le dénouement de la guerre n’avait pas assuré la paix » écrivait alors le général de Gaulle. À nouveau en 1940,…