Aller au contenu Aller à la barre latérale Atteindre le pied de page

Un Bourbonnais au temps des cerises : Simon Dereure

Communes Lapalisse
Pourquoi associer le nom d’un cordonnier d’origine bourbonnaise, Simon Dereure, à une chanson emblématique de la Commune de Paris (18 mars – 28 mai 1871) : « Le Temps des cerises »? Pourquoi avoir donné son nom à une rue de Paris suscita-t-il tant de polémiques ? Et comment un fils de cordonnier de Lapalisse en vint à diriger en Amérique, dans l’Iowa, l’orchestre des utopistes icariens ?
Simon Dereure est né le 1er décembre 1838 à Lapalisse où son père est cordonnier. Sa mère, Anne Vareille, originaire du Tarn, se déclare de religion protestante. Le jeune Simon passe son enfance dans la cité des Vérités. Il a 13 ans quand entrent dans la ville les républicains insurgés s’opposant au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, du 2 décembre 1851.
Ouvrier cordonnier, il rejoint la région lyonnaise où il aurait pris part aux actions des républicains contre l’Empire dès 1854. En 1861, il est compagnon chez un cordonnier de Fleurié dans le Beaujolais, puis gagne Paris en 1863. Dans la capitale, son engagement s’accentue, il devient l’un des fondateurs d’un des premiers syndicats ouvriers, celui des cordonniers-bottiers ; puis il est désigné délégué au congrès de l’Internationale de Bâle. En 1870, il est condamné à 3 ans de prison pour complot contre Napoléon III par la Haute-Cour. Il est libéré le 4 septembre 1870, à la chute du Second Empire, et s’engage immédiatement dans la défense de Paris contre les Prussiens. En novembre, il est élu adjoint au maire du 18ème arrondissement qui n’est autre que Georges Clémenceau.
Il prend une part active à la Commune dès le 18 mars 1871. Élu membre de la Commune par le 18ème arrondissement comme Jean-Baptiste Clément (auteur du Temps des cerises), il se distingue par des positions radicales et un engagement au combat jusqu’aux derniers jours de l’insurrection ; ceci lui vaut d’être accusé de violences par les opposants à la Commune et condamné à mort par contumace en 1873.
Dereure est alors à New-York où il a repris son métier de cordonnier après avoir quitté la France par la Suisse dès 1871. Ses convictions demeurent et il est nommé délégué de la section américaine au congrès de l’Internationale de La Haye en 1872. Cette même année, son épouse, Caroline Poitrey, meurt après avoir été incarcérée suite à la Commune.
En 1876, il rejoint la communauté utopiste des Icariens à Cornell dans l’Iowa. Au sein des adeptes des idées du socialiste utopiste Eugène Cabet, il assure la responsabilité de l’atelier de cordonnerie mais aussi la direction de l’orchestre d’Icarie qui donne concert chaque dimanche.
Dès l’amnistie des communards en 1881, il rentre en France et rejoint le Parti Ouvrier de Jules Guesde. En 1885, il figure sur la première liste socialiste présente aux législatives dans l’Allier avec Jean Dormoy et Paul Lafargue. Ils n’obtiennent que 2,4 % des voix. Bien que ses autres candidatures à Paris se soldent par des échecs, Dereure campe au fil des ans la figure de l’ancien communard au sein des milieux socialistes parisiens et bourbonnais. Il vit dans le dénuement à Montmartre d’une activité de cordonnier à façon et décède le 17 juillet 1900.
Commence alors une bataille mémorielle autour du nom de Simon Dereure. Le 18 mars 1901, lors d’une manifestation pour l’anniversaire de la Commune, une plaque à son nom mentionnant « ancien membre de la Commune » est apposée au colombarium du Père Lachaise. Le préfet de la Seine la fait retirer considérant qu’elle trouble l’ordre public ! Puis la volonté de conseils municipaux de donner le nom de Dereure à des rues se heurte à l’opposition du préfet. Ivry sur Seine obtient d’un décret présidentiel en 1904 l’autorisation de donner les noms de Simon Dereure et Jean-Baptiste Clément à deux rues. `A Paris, il faut attendre un décret du 30 mars 1915 pour que soit accepté qu’une rue de Montmartre porte son nom, acte qui intervient dans une France en guerre où prévaut l’Union sacrée. Pourtant cette décision déclenche aussitôt de violentes critiques dans la presse conservatrice du « Figaro » au « Gaulois » en passant par « La Croix ».
Dereure ne fut pas le seul communard d’origine bourbonnaise, puisque 159 noms sont cités dans la liste de la répression judiciaire de la Commune établie par Jean-Claude Farcy comme étant nés dans l’Allier dont 41 à Moulins et 5 à Lapalisse. Leur histoire reste à écrire…
Jean-Luc Galland
Sources :
  • Portrait de Dereure Simon, par Appert, Ernest Charles, Musée Carnavalet,
  • Dereure par Hippolyte Mailly, Bibliothèque de l’Hôtel de Ville Paris
Archives SEB fonds RougeronAD Allier, Rhône et Paris pour les actes d’état-civil et les recensements
Jean-Claude Farcy, La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880), LIR3S (Université Bourgogne Europe)
Maitron : https://maitron.fr/dereure-simon-dereure-louis-simon/, notice DEREURE Simon revue et complétée par Michel Cordillot